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SIGURDUR ARNI
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"Pêcheur de lumiéres" Article published in the magazine OFF SHORE, #20. 2009.

Quand l'ombre devient le sujet de la peinture, l'attention du spectateur est captée par l'absence de l'objet mais en même temps par la consistance de l'ombre. C'est le potentiel de l'image, lui-même, qui est questionné et la relation entre la représentation et la réalité. L’ombre, corps de la lumière, est présente en filigrane tout au long de l'œuvre de Sigurdur Arni Sigurdsson.

La matérialité de la toile nue participe à la construction même d'un espace virtuel dans ses tableaux de 1999 à 2007. L'œil s'immisce entre ces plans multiples, des couches pigmentées jusqu’à la toile brute, un temps abusé dans sa perception.

Si Sigurdsson joue et travaille l’autoréflexivité de l’art de la représentation, sans pathos et subtilement, il introduit l’ombre douce et menaçante de la figure - via le portrait ou les objets - absente et planante.

« Il ne s'agit pas seulement d’illusion ; j'aime la façon dont ces ombres peuvent fonctionner et être vues différemment. Face à une peinture d’ombre, certains y voient l’image d’une profonde mélancolie tandis que d'autres verront véritablement ce qui n’est pas directement représenté dans la peinture, le hors-champ du tableau. Ils voient la source de lumière qui produit l'ombre, le soleil, et ressentent sa chaleur tout autant. Il est intéressant d’amener le spectateur hors le tableau, ne pas l'entraîner dans la peinture, à la façon des romantiques, mais bien de l’en sortir. Le sujet n’est pas sur la toile. »*

Peut-être doit-on repenser à une pièce de 1995, traitée d’ailleurs hors du tableau et en 3D. Une maquette, titrée Jardin parfait, éclairée d’une lumière artificielle précisément dirigée, mettait déjà concrètement l’ombre en lumière plus que « l’objet », mais transposée aux problématiques classiques - du fond et de la forme - de la peinture, l’augmentation de la lumière pointa, un temps, la limite du plan. Cette expérience permet d’appréhender pleinement les œuvres en verre des années 2006-2007. Des plans de verre colorés et perforés sont accrochés, décollés, parallèlement au mur. Le « lieu » de la peinture expansée, l’ombre prend corps.

Aujourd’hui les pièces, des disques à peine visibles en plexiglas teinté, provoquent le plan, perçant les cimaises. Les ombres, encore plus dépendantes d’authentiques circonstances spatiales, vivent. Sigurdsson jongle alors avec le point de vue du regardeur dans un espace ponctué par la couleur immatérielle et changeante, révélatrice de la lumière de l'instant ; l’espace pictural et réel connectés.

Cette aventure spatiale n’exclut pas pour autant le territoire toujours en travail du plan, pour preuve la suite de « planches aquarellées » apparues parallèlement.

« Je ne sais jamais ce qui vient en premier. Il me semble que mon travail forme une sorte de spirale où je reviens toujours avec les mêmes idées pour mieux m’en éloigner avec de nouveaux moyens. Les dessins et les aquarelles font partie intégrante de mon travail au même titre que la peinture ou le travail en verre et en plexiglas ; tous sont du même programme de recherche. Montrer simultanément les plexiglas et les aquarelles souligne comment ces travaux dialoguent entre-eux et réagissent, les uns comme les autres, à la lumière ambiante du lieu d’exposition. Il y a quelque chose de la constante évolution des ombres dans les pièces en plexiglas qui souligne ma tentative de recherche de " révélation " dans les aquarelles. L'esprit devient plus important que la matière. Toute raison gardée. »*

Jean Paul Guarino / Sylvie Guiraud.

* Extraits d’un entretien avec Jón Proppé, mars 2009.